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Exposer des animaux au Salon de l’agriculture vaut-il toujours le coût ?

Pour les éleveurs qui exposent leurs animaux au Salon de l'agriculture, l'addition est parfois salée, ils s'organisent de plusieurs façons pour réduire leurs coûts.

Participer au Salon international de l’agriculture (SIA) représente un investissement financier conséquent bien que stratégique. Pour les éleveurs, les retombées, souvent immatérielles, justifient cependant les sommes engagées.

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Prendre part au Sia ne coûte pas la même chose en fonction du profil de l’exposant. Les frais varient drastiquement, allant de quelques milliers d’euros pour la simple location d’un stand, à parfois dix fois plus en comptant son aménagement, ainsi que le transport et le logement.

Les organismes de sélection, premier soutien des éleveurs

Pour les éleveurs qui font le déplacement, plusieurs cas de figure existent. La plupart du temps, les organismes de sélection (OS) accompagnent les éleveurs de leurs races sur la logistique, mais leur soutien financier n’est pas systématique. « Pour transporter cinq moutons et répondre aux obligations sanitaires, ça revient à 1 000 euros et ce sont les éleveurs qui payent tout, sauf le stand qui est pris en charge par l’OS », indique Alban Passet, président de l’OS Suffolk et lui-même éleveur dans le Cambrésis.

Du côté de l’OS bovine France Parthenaise, l’investissement des éleveurs est assez semblable. « Notre OS participe au paiement des emplacements », note Nicolas Bodin, éleveur et vice-président de France Parthenaise. Cependant, les éleveurs ont « un reste à charge d’environ 2 000 euros par bête sur dix jours » pour couvrir l’essentiel de la logistique, soit la nourriture, le transport, les frais vétérinaires et le logement. « Cette année, comme il n’y a pas de bovin, les coûts devraient bien baisser », souffle-t-il.

Pourtant, à compter du samedi 21 février, près de 120 éleveurs bovins doivent faire le déplacement jusqu’à la Porte de Versailles, sans leurs bêtes cette année, contre plus de 580 d’habitude. « Chaque élevage qui devait exposer des animaux a dû jouer le jeu de cette édition hors-norme en tournant des petits films de leurs animaux qui seront présentés sur les stands pendant le Salon », souligne Nicolas Bodin. Bien qu’ils ne participent pas au Concours général agricole (CGA), « les éleveurs bovins présents pourront bénéficier de la réserve de jour mise à disposition par le Ceneca », insiste Olivier Alleman, commissaire général du CGA.

Des réserves de jour et de nuit mises à disposition pour les participants au CGA

Car chaque année, les organisateurs laissent l’opportunité aux éleveurs sélectionnés pour le concours et au personnel technique des OS de disposer gratuitement d’une réserve de jour dotée d’une cuisine commune, ainsi que d’une réserve de nuit avec dortoirs et douches.

La plupart des éleveurs qui viennent au Salon de l'agriculture ont la possibilité d'être logé sur l'enceinte du parc des expositions de la porte de Versailles. (©  Xavier Remongin/Min.agri.fr)

Par ailleurs, le Ceneca verse aux éleveurs une indemnité de 100 euros par jour pour chaque animal présent sur le salon, et rachète le lait de la traite du matin. Avec le bruit et les souillures terreuses qu’un tel événement impose, « pas facile de se reposer dans les réserves de nuit du Salon, le confort est rudimentaire », glisse Alban Passet, qui préfère loger à l’hôtel, comme nombre de ses collègues, mais à leurs frais.

Un temps de préparation des bêtes en amont

Outre l’aspect financier, venir au Salon nécessite une préparation de longue haleine pour certaines filières. Chargée de mission pour le syndicat d’élevage du cheval de trait du Nord, Charlène Greffe pense au temps de préparation et de dressage des bêtes en amont de l’évènement : Les éleveurs doivent dégager un temps important pour entraîner les chevaux, sans être payé directement en retour. Tout le monde s’investit beaucoup. « Nicolas Bodin va dans le même sens, évoquant « toute l’attention que demandent les bêtes avant le concours ».

Pour participer au Concours général agricole, les animaux, comme ces moutons Southdown, sont préparés en amont de la compétition. (©  Xavier Remongin/Min.agri.fr)

L’impact positif des médailles du CGA

Si tenir sa place au Salon représente un coût certain pour les participants, la rentabilité financière directe est rarement l’objectif premier. Certains comptent cependant sur l’événement pour « déclencher des ventes ultérieures sur leur exploitation, affirme Nicolas Bodin. Pour des races comme la parthenaise, la présence à Paris lors du Salon est indispensable pour espérer faire du commerce sur tout le territoire par la suite. »

Selon Bertrand Bouffartigue, président de Races de France, « venir à Paris et participer au CGA est un investissement qui vaut le coup, car cela participe à la renommée de l’élevage et à la vente d’animaux reproducteurs pour l’exploitation tout au long de l’année. La reconnaissance de la qualité génétique est très importante pour les animaux de race en termes d’ascendance, et ressortir médaillé du concours joue beaucoup. » Un constat confirmé par une étude OpinionWay publiée le 12 février 2026 et qui révèle qu’après l’obtention d’une médaille lors de l’événement, « 80 % des producteurs constatent un impact positif sur la conquête de nouveaux clients ».

D’autres, si ce n’est la plupart, poursuivent un but différent. « On ne vient pas pour gagner de l’argent, mais plutôt pour faire connaître notre race qui compte peu d’effectifs », confirme Charlène Greffe. La quête de visibilité ne concerne pas que les animaux vivants, d’autant plus cette année où les bovins manquent à l’appel, laissant la part belle aux produits laitiers et de boucherie.

L’accent mis sur les produits

L’interprofession de la viande, Interbev, prévoit un stand de 900 m² pour mettre en valeur les professionnels de la filière, quand Chambre d’agriculture France mise sur un secteur « Produits et Saveurs de France » pour « mettre en lumière les produits et les savoir-faire », relève Camélia, El Akari, responsable du Salon et du CGA au sein de l’organisation. « Si cette édition est différente, elle ne sera ni sans animaux ni sans produits du terroir, renchérit la Région Auvergne-Rhône-Alpes. Elle doit rester un moment de dialogue, de reconnaissance et de valorisation de nos filières. »

Compte tenu de l’audience du Salon, les efforts de visibilité s’accompagnent souvent d’un objectif pédagogique fort. Pour Marion Guillou, agronome et membre de l’Académie d’agriculture, profiter du moment pour « sensibiliser les citoyens aux questions agricoles et rurales est crucial. C’est un des rares endroits où l’âge des visiteurs oscille entre 5 et 80 ans, venant aussi bien de la campagne que de la ville. La cible est très large ».

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